Analogie Identitaire

20 octobre 2017

Pour une véritable culture de la TPE

Depuis 3 décennies, le traitement préventif des difficultés des entreprises a fait ses preuves, de gros progrès ayant été accomplis durant les 10 dernières années. Les tribunaux de commerce, proches des activités et des problèmes économiques ont joué un rôle particulièrement actif en ce domaine. La prévention et l'aide au traitement des difficultés des entreprises sont devenues des activités majeures pour ces tribunaux, complétant heureusement leur rôle traditionnel en matière de traitement des litiges entre commerçants, de procédures collectives et de sanctions. Le législateur et les pouvoirs publics ne s'y sont pas trompés puisqu'ils ont repris ou codifié les bonnes pratiques inventées et mises en œuvre par ces tribunaux et adopté de nouveaux textes ou procédures visant à prévenir autant qu'à traiter des difficultés (mandat ad hoc, conciliation, sauvegarde, renforcement de la confidentialité, médiation du crédit, sauvegarde financière accélérée, arbitrage, réforme des sanctions ....) Professionnels du chiffre, chambres consulaires, avocats, pouvoirs publics, organismes de gestion agréés et municipalités ont de leur coté mis en place des structures d'information proches de leurs administrés pour aider ces derniers à analyser et faire face aux difficultés. Il s'agit bien d'une véritable révolution culturelle, souvent en partie ignorée du grand public, mais qui a obtenu des résultats incontestables quoique difficilement mesurables. Ayant été quelques années président d'une Chambre de procédure collective, d'une Chambre de sauvegarde et délégué général à la prévention des difficultés des entreprises au Tribunal de commerce de Paris, je peux témoigner de la variété et de l'ampleur de ces difficultés, de l'efficacité des outils utilisés et des procédures mises en œuvre. Quelles constatations ou remarques tirer des cas traités : Plus des deux tiers des entreprises qui ont eu recours aux procédures préventives: mandats ad hoc, conciliations et, dans une moindre mesure, sauvegarde, sont encore en vie quelques années après l'utilisation de ces procédures 1er constat: la majorité des entreprises ayant déclaré une cessation de paiement a été mise directement en liquidation. La plus grande partie de celles ayant tenté un redressement judiciaire n'a pu mener ce redressement à bien et a du se résoudre à une liquidation judiciaire. Au total, moins de 5% des entreprises demandant l'ouverture de ces procédures sont encore en vie quelques années après avoir connu des difficultés. La disparition d'une entreprise n'est jamais anodine : - l'employeur et les salariés perdent leur activité, avec toutes les conséquences sociales et économiques qui en découlent. - les fournisseurs enregistrent des impayés parfois insupportables pour leur propre trésorerie et leurs résultats, d'où parfois des faillites en chaine. - l'Etat et les organismes sociaux enregistrent des pertes de recettes. - le rebond pour l'entrepreneur reste difficile et exceptionnel. 2ème constat: une meilleure anticipation des difficultés améliore sensiblement l'efficacité des mesures correctives adoptées et les chances de survie de l'entreprise concernée. L'entreprise qui sollicite une aide des tribunaux ou de ses partenaires alors qu'elle est totalement exsangue a peu de change de se redresser. Par ailleurs redresser prend du temps ! 3ème constat : le nombre d'emplois sauvés par la mise en œuvre de mesures préventives est très supérieur à celui constaté en cas de redressement ou liquidation judiciaires. 4ème constat : plus des deux tiers des entreprises qui ont eu recours aux procédures préventives: mandats ad hoc, conciliations et, dans une moindre mesure, sauvegarde, sont encore en vie quelques années après l'utilisation de ces procédures 5ème constat : ces procédures, pour la plupart confidentielles si le dirigeant le souhaite, restent encore mal connues du public concerné et très peu utilisées par les TPE. Ces TPE sont pourtant particulièrement vulnérables, pour des raisons qu'il est facile d'expliquer, en particulier au cours de leurs premières années d'existence, ou lors de crises économiques et financières. En France, 2.5 millions d'entreprises, soit plus de 95% du total, emploient moins de 10 salariés. Mais près de 4.5 millions de personnes travaillent dans ces très petites entreprises (TPE). Le nombre de création d'entreprises a connu un niveau record au cours des deux dernières années, ce développement étant probablement du à l'adoption du nouveau régime de l'auto entrepreneur. Mais le nombre d'arrêts involontaires d'activité reste particulièrement important. Par ailleurs, en 2010, plus de 60 000 entreprises ont été reconnues en état de cessation de paiement et ont du demander ou subir l'ouverture d'une procédure de redressement ou de liquidation judicaire. Plus de 90% d'entre elles employaient moins de 10 salariés. Plus de 85% d'entre elles employaient 5 salariés au maximum. Les très petites entreprises (TPE) - qui constituent pourtant l'ossature de l'économie, qui sont à l'origine de nombreuses innovations et fortement créatrices d'emplois - ne semblent pas les mieux loties en matière de survie et d'utilisation de procédures préventives.

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26 septembre 2017

Survol du Mont St Michel

Il y a quelques jours, j'ai embarqué avec ma chère et tendre pour un vol en hélico au-dessus du Mont St Michel. J'ai bien aimé la virée, mais je me suis tout de même demandé si ce genre d'expérience subsisterait encore dans une trentaine d'années. Il suffit de regarder les nombreuses catastrophes naturelles qui nous tombent sur la tête cette année pour être confronté à une question lancinante : à quoi ressemblera exactement notre monde pour nos enfants ? Alors j'aimerais faire aujourd'hui un peu de prospection en votre compagnie. Si le réchauffement climatique ne fait que commencer, il y a fort à parier que les catastrophes comme l'ouragan Harvey deviennent courantes au fil des années : il ne se passera pas une journée sans qu'un ouragan saccage des îles quelque part dans le monde. Enfin, si ces dernières ne sont pas d'ores et déjà englouties par la montée des océans. En ce qui me concerne, je pense que même les îles subsistantes seront délaissées au final, tout comme les fronts de mer, et que la population se réfugiera dans l'intérieur des terres. En outre, comme les régions déjà chaudes le deviendront encore plus, tout l'équateur sera probablement négligé au profit de zones climatiquement plus avenantes. Ce sera la même chose pour les régions sismiques, qui deviendront trop instables. Et tout cela mis bout à bout, je peux vous assurer que cela ne donne pas une image très attractive de la situation ! Imaginez une humanité de huit milliards de citoyens concentrée là où il ne fait pas trop chaud, à l'intérieur des terres, hors zone sismique. Référez-vous à une mappemonde et vous remarquerez que ces zones-là semblent bien petites pour accueillir tout le monde ! On peut donc logiquement miser sur un avenir où les cités de plusieurs dizaines de millions d'habitants seront la norme. Des espaces où les résidents pourront passer toute leur vie, sans jamais voir la campagne. J'ai une amie qui a vécu au Caire et qui m'a rapporté comment certains résidents n'ont jamais quitté le périmètre de leur quartier. Voilà l'avenir qui nous attend d'ici pas si longtemps... Quoi qu'il en soit, j'ai beaucoup apprécié ce vol en hélico. Si vous habitez dans le coin, voici le site sur lequel j'ai déniché cette prestation ! Pour en savoir plus, allez sur le site spécialiste de cette activité de baptême de l'air en hélicoptère au Mont Saint Michel.

helicoptere9

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28 août 2017

La structure et la dynamique de la culture

Conformément aux objectifs fixés par la lettre de mission, cette partie analyse la structuration et la dynamique économique des quatre secteurs culturels identifiés par les commanditaires de la mission : l’industrie vidéoludique, le cinéma, la mode et l’audiovisuel. Le secteur du marché de l’art a également fait l’objet d’une analyse, au regard de sa difficile appréhension par les statistiques nationales. Pour chacun de ces secteurs, sont analysés successivement la chaîne de valeur, c’est-àdire les acteurs économiques intervenant depuis la création jusqu’à la diffusion ou la distribution des produits concernés, les soutiens publics dont ils bénéficient et enfin leur compétitivité, notamment dans un contexte international. Les enjeux et les perspectives du secteur sont également évoqués. Les données économiques relatives à ces secteurs ne sont pas toujours disponibles et complètes1. Dans les deux secteurs où l’intervention publique est substantielle, tant du point de vue réglementaire que financier (cinéma et production audiovisuelle aidée), les données sont largement disponibles et tenues régulièrement à jour par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) qui publie chaque année des rapports détaillés sur tous les aspects de ces industries. En revanche, pour le jeu vidéo et la mode, les informations sont plus difficilement accessibles et plus parcellaires, de sorte que la mission a dû procéder, en lien avec les organismes professionnels de chaque secteur, à des extractions de données spécifiques. Ces quatre secteurs ont des points communs forts. Tous ces secteurs se caractérisent par une chaîne de valeur qui se structure d’une manière proche : une multitude de petites entités de création (les créateurs dans la mode, les studios de développement dans le jeu vidéo, les sociétés de production dans l’audiovisuel) dont l’équilibre économique est souvent fragile et un nombre limité de grands acteurs chargés de l’édition ou de la diffusion (les éditeurs dans le jeu vidéo, les chaînes de télévision dans l’audiovisuel). À l’international, au moins trois secteurs (cinéma, jeu vidéo et mode) ont pu être considérés comme des atouts de la France dans le monde, même si la concurrence s’intensifie, de manière plus (jeu vidéo) ou moins marquée (mode). Enfin, le défi « disruptif » du numérique et de toutes ses implications constitue une ligne de force transversale qui bouleverse l’économie de ces secteurs : nomadisme et ubiquité de la consommation (jeu vidéo, cinéma, audiovisuel), délinéarisation des contenus (audiovisuel), nouvelles méthodes de tarification et de rémunération des créateurs (audiovisuel, jeu vidéo), bouleversement de la chaîne de valeur avec la remise en cause de la distribution ou de la diffusion « physique » (cinéma, audiovisuel, jeu vidéo, mode) et la possibilité pour les créateurs de s’adresser directement aux consommateurs (cinéma, audiovisuel, jeu vidéo, mode).

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26 juin 2017

Quand le FN t’emmerdes

Le vice-président du Front national refuse de se rendre à la convocation policière, prévue ce jeudi, concernant l'enquête ouverte sur l'affaire des assistants parlementaires. Au Front national, on apprécie peu les convocations par la police. Après Marine Le Pen pendant la campagne présidentielle, c'est son compagnon Louis Aliot, vice-président du parti, qui refuse de se rendre à une convocation prévue ce jeudi, dans le cadre de l'enquête sur les soupçons d'emplois fictifs d'assistants parlementaires européens par le FN, selon une source proche du dossier. LIRE AUSSI >> Emplois fictifs, financement illégal... Ces affaires qui cernent le FN Elu dimanche député dans les Pyrénées-Orientales, il devait être entendu par l'office anticorruption à Nanterre. Le Front national est soupçonné d'avoir mis en place un système pour rémunérer ses permanents avec des crédits européens, en les faisant salarier comme assistants de ses eurodéputés. Ce vice-président du FN, qui vient de perdre automatiquement son siège d'eurodéputé après son élection à l'Assemblée nationale, fait partie des 17 élus européens, dont Marine et Jean-Marie Le Pen, à être visés par l'enquête en France, ouverte en 2015, qui porte sur une quarantaine d'assistants. Le Parlement européen estime désormais son préjudice potentiel à cinq millions d'euros, pour la période du 1er avril 2012 au 1er avril 2017. Une précédente estimation en septembre 2015 évaluait ce préjudice potentiel à 1,9 million d'euros. Louis Aliot et Marine Le Pen, élue dimanche député du Pas-de-Calais, jouissent d'une immunité pour la durée de la session du Parlement et ne peuvent être contraints à se rendre à une audition dans ce dossier. Un droit qu'avait utilisé Marine Le Pen, le 10 mars, qui, arguant de son immunité d'eurodéputé, avait refusé de se rendre à une convocation en vue de sa possible mise en examen pour abus de confiance au sujet des salaires versés à sa chef de cabinet au FN, Catherine Griset, elle-même mise en examen pour recel.

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29 mai 2017

Le modèle Thaîlandais de l'analyse des opportunités sanitaires

En 2001, les autorites thailandaises ont introduit la couverture sanitaire universelle financee par la fiscalite generale. La recession economique a montre l’importance d’une evaluation rigoureuse des technologies de sante susceptibles de recevoir un financement, afin d’eviter une escalade des couts. A l’epoque, aucune organisation n’avait la capacite d’effectuer toutes les evaluations des technologies de la sante demandees par le gouvernement. C’est pourquoi le Programme d’evaluation des interventions et technologies de la sante (Health Intervention and Technology Assessment Programme – HITAP, www.hitap.net) a ete cree ; il est charge d’evaluer les couts, l’efficacite et la rentabilite des technologies de la sante, non seulement les medicaments et les procedures medicales, mais aussi les interventions sociales, les mesures de sante publique et les changements apportes au systeme de sante lui-meme (16, 17). Contrairement a l’Institut britannique pour la sante et l’excellence clinique (National Institute for Health and Clinical Excellence – NICE) en Angleterre et au Pays-de-Galles, qui evalue uniquement les interventions existantes, l’HITAP effectue en premier lieu de la recherche, notamment des etudes d’observation et des essais randomises controles, ainsi que des revues systematiques et des meta-analyses reposant sur l’analyse de la litterature secondaire. Il produit des resultats sous forme de presentations formelles, de discussion avec des forums techniques et de politique publique et des publications scientifiques. L’HITAP a, par exemple, mis au point une strategie de depistage du cancer du col de l’uterus, qui est provoque par l’infection au papillomavirus humain (HPV) et qui constitue une cause majeure de morbidite et de mortalite chez les femmes thailandaises. Meme si le frottis de Papanicolaou (Pap) (test cytologique) a ete introduit dans tous les hopitaux il y a plus de 40 ans, seules 5 % des femmes beneficiaient d’un depistage. L’inspection visuelle du col de l’uterus a l’oeil nu apres application d’acide acetique a ete introduite en 2001 comme solution de remplacement, car elle ne necessite pas de cytologistes. Lorsque l’etude de l’HITAP a debute, les deux methodes (inspection visuelle avec application d’acide acetique et frottis de Pap) etaient proposees aux femmes en parallele et les fabricants de vaccins, les agences internationales de la sante et les organisations non gouvernementales (ONG) faisaient pression en faveur de l’introduction du nouveau vaccin HPV (18). L’HITAP a envisage plusieurs possibilites : le frottis de Pap classique, l’examen a l’acide acetique, la vaccination ou une combinaison du frottis de Pap et de l’inspection visuelle apres application d’acide acetique. Les couts ont ete calcules sur la base des niveaux estimes de participation et tenaient compte des couts pour le prestataire de sante, pour les femmes subissant l’examen et pour celles traitees pour un cancer du col de l’uterus. Les avantages potentiels ont ete analyses a l’aide d’un modele estimant le nombre de femmes qui developperaient un cancer du col de l’uterus dans chaque scenario, et l’incidence sur les annees de vie ajustees sur la qualite de vie (QALY) a ete calculee sur la base des donnees provenant d’une cohorte de patientes thailandaises. L’etude a conclu que la strategie presentant le meilleur rapport cout-efficacite consistait a proposer aux femmes de 30 a 45 ans de beneficier d’une inspection visuelle a l’acide acetique tous les cinq ans, puis d’un frottis de Pap tous les cinq ans a celles de 50 a 60 ans. Cette strategie permettrait de gagner 0,01 QALY supplementaire et de realiser une economie financiere totale de 800 bahts, par rapport a l’inaction. L’introduction de la vaccination universelle des filles de 15 ans sans examen permettrait un gain de 0,06 QALY pour un cout de 8 000 bahts, et l’inspection visuelle ou le frottis de Pap seuls presenteraient des couts et des avantages situes entre les deux (19). L’approche recommandee par l’HITAP a ete introduite dans plusieurs provinces a compter de 2009, et elle est desormais mise en oeuvre au niveau national. Son impact reel est en cours d’evaluation.

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16 mai 2017

Réflexion énergétique

La demande énergétique est véritablement un des thèmes essentiels de la prochaine décennies, et elle va avoir une influence décisive sur les relations politiques internationales. Il y a encore quelques jours, j'ai suivi un séminaire très fascinant à Milan durant lequel un intervenant a expliqué à quoi allaient ressembler les relations internationales dans les prochaines années. Les besoins croissants en énergie de la part de populations en plein essor peuvent évidemment porter un coup à la disponibilité énergétique. A l'évidence, une telle situation devrait envenimer les rivalités entre des Etats confrontés à des ressources limitées, en particulier s'il est accompagnée d’une intensification de l’agitation politique au Moyen-Orient. Selon lui, des entreprises nationales pourraient contrôler l’essentiel des hydrocarbures, ce qui obscurcirait particulièrement les difficultés géopolitiques. Devant la raréfaction de l’énergie, certains pays pourraient vouloir se garder un accès à ces ressources. Et si les gouvernements en place considéraient l’accès aux réserves en hydrocarbure comme capital pour entretenir la stabilité économique de leur pays, des désordres entre pays pourraient même survenir. Néanmoins, même sans qu'il soit nécessairement question de guerre, quand certains gouvernements feront tout pour se prémunir d'une possible carence énergétique, les opérations entreprises auront de fortes conséquences politiques. Et plus la concurrence devient âpre, plus elle s’appuie sur des forces militaires capables de créer des tensions pouvant aller jusqu'à l'engagement. Les États possédant des ressources énergétiques insuffisantes seront vraisemblablement tentés de agiter la promesse d’alliances militaires pour créer des relations exclusives avec les pays exportateurs de pétrole. Bref, le manque énergétique sera, au cours des prochaines années, à alimenter tensions dans le monde. En tout cas, j'ai beaucoup apprécié ce colloque. J'ai surtout apprécié l'organisation générale, qui nous a permis de nous concentrer sur les échanges plutôt que sur les problèmes logistiques. D'ailleurs, je vous mets en lien le site de l'agence qui l'a organisé. A lire sur le site Séminaire Entreprise.

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23 avril 2017

Le rhum trace sa route

Qui, à l’aube des années 2000, aurait imaginé que le rhum puisse célébrer sa culture et sa diversité lors d’un Salon parisien, le Rhum Fest, capable d’accueillir des producteurs d’une trentaine de pays et d’attirer, pour sa quatrième édition, des milliers de personnes du 22 au 24 avril ? Il y a à peine dix ans, les amateurs français les plus pointus devaient se contenter d’une centaine de références d’eau-de-vie de canne à sucre. Aujourd’hui, il en existe plus de mille chez les cavistes ou dans les grandes surfaces. « La France est le premier marché mondial en termes de choix et de consommation haut de gamme », confirme Alexandre Vingtier, rédacteur en chef et cofondateur (avec les organisateurs du Rhum Fest, Cyrille Hugon et Anne ­Gisselbrecht) de Rumporter, le premier magazine au monde consacré au rhum et à sa culture. « A côté de la vague whisky, née dans les années 1980, il y a clairement une vague rhum depuis les années 2000 », insiste le journaliste, auteur du précieux 120 Rhums (Dunod, 2016). « S’il représente environ 10 % de part du marché [soit 50 millions de bouteilles], contre 40 % pour le whisky, le rhum est le spiritueux qui croît le plus vite, avec une progression de 5 % chaque année depuis cinq ans, et même 7 % en 2016 », explique Stéphanie Labasque, directrice marketing et commerciale des marques La Mauny et Trois Rivières, rachetées en 2012 par le groupe Chevrillon. Une croissance et une reconnaissance étonnantes pour un produit qui, il y a peu, évoquait pour beaucoup les cocktails bon marché, quelques recettes de pâtisserie, un tord-boyaux pour marins, voire le dernier verre du condamné. Bien sûr, des connaisseurs savaient que les vieux rhums pouvaient valoir les grands cognacs, grâce à quelques pionniers militants, tels l’assembleuse-embouteilleuse Chantal Comte, qui façonne depuis trente ans des rhums agricoles d’exception, ou l’Italien Luca Gargano, dénicheur de raretés, et auteur du très bel Atlas du rhum. Distilleries des Caraïbes et dégustation (Flammarion, 2014). Mais ces initiés se limitaient souvent au cercle vieillissant des amateurs de grands alcools. Les premiers signes de renouvellement ont eu pour toile de fond la guerre commerciale entre les géants Bacardi et Havana Club, quand cette dernière marque, propriété de l’Etat cubain, s’est associée avec le groupe français Pernod Ricard au début des années 1990. En surenchérissant en termes de marketing et de création de nouveaux produits, ces rois du ron (la dénomination hispanique du rhum) pour cocktail ont commencé à réveiller l’intérêt du grand public. Dans la foulée, des pays d’Amérique centrale, qui se contentaient jusqu’alors de produire des bouteilles bas de gamme, ont commencé à élaborer du ron premium à destination nationale, puis internationale. Pionnière du genre, la famille Ballesteros a ainsi développé au Venezuela une marque, ­Diplomatico, à l’origine d’une nouvelle vague, caractérisée par des saveurs douces, épicées, d’une gourmandise d’une grande accessibilité. « A la fin des années 2000, Diplomatico a impulsé la dynamique du ron du continent américain, tels Zacapa au Guatemala ou Flor de Cana au Nicaragua, et d’autres rhums de dégustation, comme Matusalem [République dominicaine] et Don Papa [Philippines], dont la dominante sucrée a attiré de nouveaux consommateurs », constate Alexandre Vingtier. La réussite de ces nouveaux produits a aussi été portée par un sens du packaging faisant honneur au pouvoir évocateur des tropiques. Après avoir servi de tremplin au whisky, le réseau des cavistes français – unique au monde avec ses 5 500 points de vente – s’est mis à relayer l’explosion de l’offre du ron hispanique, du rum des îles anglophones, du rhum des ­Antilles françaises et de multiples autres provenances, fournis par des distributeurs comme Dugas ou La Maison du whisky, aux catalogues en pleine expansion. « La France est le premier marché mondial en termes de choix et de consommation haut de gamme », constate Alexandre Vingtier, cofondateur du Salon parisien Rhum Fest On ne peut qu’être frappé par la variété infinie du seul spiritueux à être fabriqué sur tous les continents (Antarctique excepté). Selon son origine, sa matière première (mélasse ou sirop de canne pour le ron et le rum, jus de canne frais pour les rhums dits « agricoles » français), sa méthode de fermentation, de distillation, de vieillissement ou d’édulcoration, le rhum propose une renversante gamme gustative. Sans parler de la tendance des macérations d’épices (pour les « spiced », dont la star commerciale mondiale est Captain Morgan) ou de fruits (pour les « arrangés », comme ceux de la délicieuse collection des Ti Rhums de Ced’). « La culture du rhum est au moins aussi variée et riche que celle du vin », assure Alexandre Gabriel, propriétaire de la maison de cognac Pierre Ferrand et créateur de la marque Plantation, qui sélectionne des nectars par terroirs caribéens (Jamaïque, Sainte-Lucie, Trinité-et-Tobago, Barbade…), avant de les fairevieillir une seconde fois en France dans des fûts de cognac. Régulièrement, ce Français, qui vient d’acheter une des principales distilleries de la Barbade, élabore ses rhums en collaboration avec la fine fleur des barmen internationaux. Une démarche futée quand on sait que le grand renouveau des bars à cocktails a fait de ces derniers des prescripteurs essentiels des eaux-de-vie de canne. Peu présents dans la tradition anglo-saxonne des cocktails, les rhums agricoles des Antilles françaises n’ont pas immédiatement profité de cet engouement. Ce qui a suscité de la frustration chez certains producteurs martiniquais ou guadeloupéens, contraints par des règles plus strictes (celles de l’AOC pour la Martinique ou de l’IGP pour la Guadeloupe) que celles d’une concurrence pouvant abuser, par exemple, des dosages en sucre. L’air du temps semble enfin récompenser leur quête d’excellence, qu’il s’agisse de rhums blancs, ambrés, vieux ou millésimés. « Dans un premier temps, une nouvelle génération de consommateurs a été attirée par des ron latinos faciles, avant d’essayer des rum britanniques moins sucrés, puis de découvrir la richesse aromatique et la complexité des rhums agricoles », observe le Martiniquais Jerry ­Gitany, fondateur, avec Benoît Bail, de la ­Confrérie du rhum, une page Facebook où près de 25 000 passionnés échangent sur leur alcool préféré. Preuve de l’importance des réseaux sociaux dans le monde des spiritueux, la ­Confrérie élabore régulièrement des séries limitées avec des distillateurs, comme La Mauny, avec lequel elle vient par exemple de produire 1 000 bouteilles d’une extraordinaire « Cuvée brut de fût » 2005. « On le constate dans tous les Salons internationaux et auprès des barmen, le rhum agricole a enfin le vent en poupe », assure Stéphanie ­Labasque. Ce n’est pas un hasard sans doute si, après avoir été une exclusivité francophone, la distillation façon « agricole », à base de jus de canne frais, fait des émules partout dans le monde.

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21 avril 2017

En avion de chasse Fouga Magister

J'adore l'âge adulte. L'on n'a pas changé d'un pouce à l'intérieur, on est toujours au fond de soi l'enfant qu'on était à dix ans. La différence, c'est que grâce au travail, l'on a l'argent que l'on n'avait pas à l'époque pour réaliser ses rêves ! Et le week-end dernier, j'ai réalisé l'un de mes plus grands rêves d'enfants : faire un vol en avion de chasse. Ça s'est passé à Rennes, et ce fut un de ces moments qui marque une vie entière ! Cette expérience extraordinaire a non seulement été riche en sensations sur le moment, mais a aussi été riche en réflexions par la suite. Parce que ce moment de grâce dans les airs m'a permis de me rendre compte de notre chance. Notre chance à tous. Parce que c'est vraiment affolant, d'observer à quel point notre monde a muté depuis le 19ème siècle. Il n'y a pas si longtemps encore, la vie des gens se résumait grosso modo à cultiver la terre. C'était une vie pénible, faite de sacrifices, et où les journées étaient longues. Nos ancêtres ne voyageaient pour ainsi dire pas : ils passaient toute leur existence dans la même demeure familiale. Alors qu'aujourd'hui, nous vivons comme des seigneurs, comparés à eux : nous faisons de l'exercice physique pour le plaisir, prenons l'avion pour partir en vacances, mangeons des burgers, avons le chauffage central et l'eau chaude... Ces deux mondes n'ont absolument rien en commun ! L'être humain a connu durant la plus grande partie de son Histoire une vie éprouvante, mais est passé en quelques décennies à une vie de bien-être impressionnante. Alors certes, les problèmes subistent. Mais il faudrait vraiment apprendre à considérer la qualité de notre vie, plutôt que de sans cesse scruter ce que les voisins possèdent : parce que nous sommes vernis d'avoir vu le jour à l'heure actuelle ! Et la qualité de vie n'a pas fini de s'étendre. Qui aurait pu deviner, il y a cinquante ans encore, que les civils auraient la possibilité de faire un vol en avion de chasse pour le fun ? Au passage, si ça vous tente, voici le site du prestataire. Mais attention : même si cette virée est renversante, il faut avoir le coeur solide pour s'y essayer ! Suivez le lien pour le détail de ce vol en Fouga Magister.

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16 mars 2017

Agent orange, Monsanto en accusation

Si, en mai 2016, la visite au Vietnam de M. Barack Obama, alors président des États-Unis, a marqué une nouvelle étape dans le rapprochement entre les deux pays, le problème de l’agent orange est resté en suspens. Ce défoliant massivement utilisé durant la guerre contenait une substance extrêmement toxique, la dioxine, qui a des effets encore aujourd’hui sur la santé et sur l’environnement (1). Une plainte contre les fabricants du défoliant, soit vingt-six sociétés, dont Monsanto et Dow Chemical, a été déposée aux États-Unis par l’Association vietnamienne des victimes de l’agent orange/dioxine (VAVA) début 2004. Mais elle a été rejetée en première instance en mars 2005, en appel en février 2008, et enfin par la Cour suprême en février 2009. Les victimes n’ont pas renoncé pour autant. Française d’origine vietnamienne, Mme Tran To Nga a assigné en justice les sociétés américaines accusées d’avoir fourni à l’armée américaine cet herbicide devant le tribunal de grande instance d’Évry (Essonne — son département de résidence), en juillet 2014. En effet, depuis la loi de 2013, une victime de nationalité française peut saisir la justice française pour un tort commis par un tiers étranger à l’étranger. Mme Tran To Nga, âgée de 74 ans, vient de publier son autobiographie, qui explique bien son parcours et les conditions dans lesquelles elle a été victime des épandages d’agent orange (2). Née dans le delta du Mékong de parents nationalistes, militants de l’indépendance, elle connaît son premier engagement à l’âge de 8 ans, quand sa mère lui donne des messages secrets à transmettre. Elle suit ses études à Hanoï jusqu’en 1965, date d’obtention de son diplôme universitaire de chimie. Elle rejoint alors les maquis du Sud par la piste Ho Chi Minh : en camion jusqu’au 17e parallèle démarquant la zone occupée par les Américains, puis à pied, pendant près de quatre mois, avec un « barda » de vingt-cinq kilos sur le dos ! Elle devient journaliste de l’agence vietnamienne d’information de l’époque (Giai Phong), puis agent de liaison ; elle termine la guerre à Saïgon, où elle connaît la prison, les interrogatoires et la torture. Une fois la paix revenue, elle occupe diverses fonctions dans l’enseignement, puis décide de s’installer en France au milieu des années 1990. De 1966 à 1972, elle a donc vécu, circulé et travaillé dans la jungle, et notamment dans des régions gravement touchées par l’agent orange (Cu Chi, Long Binh et le long de la piste Ho Chi Minh). Fin 1966, elle est recouverte d’une « pluie gluante [qui] dégouline sur [s]es épaules, se plaque sur [s]a peau ». Elle se lave, change de vêtements et « oublie aussitôt », raconte t-elle. Mais, sur les trois filles qu’elle met au monde, l’une meurt d’une affection cardiaque (la tétralogie de Falot) à l’âge de 17 mois, et la deuxième est atteinte d’alpha-thalassémie. Mme Tran To Nga ne comprend pas et culpabilise. Elle-même souffre de nombreuses maladies (diabète de type 2 et alpha-thalassémie, qu’elle a transmise à son enfant). Il lui a fallu des années pour comprendre que l’agent orange était la cause de toutes ces pathologies. Un laboratoire allemand spécialisé a procédé en 2013 à l’analyse de son sang, qui présente un taux de dioxine de 16,7 pg/g ; ce qui permet d’estimer qu’en 1970, il devait atteindre 50 pg/g, un taux largement supérieur au niveau maximum admis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Ce calcul tient compte du temps écoulé (la dioxine est progressivement éliminée) et de ses trois grossesses (l’enfant absorbe une partie de la dioxine de la mère durant la grossesse puis à travers l’allaitement). Au soir de sa vie, cette « fille du Mékong », qui a lutté contre le colonialisme français puis contre l’impérialisme américain, entame donc un troisième combat, celui pour la justice. Pas seulement pour elle, mais pour toutes les victimes vietnamiennes de ce poison. « C’est la dernière contribution d’une vieille révolutionnaire. »

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30 janvier 2017

Si Barcelone se prépare à l'indépendance

Les voyages officiels du président ou même les réceptions de dignitaires étrangers en Catalogne sont certainement l'aspect le plus visible - et conflictuel - de la paradiplomatie catalane. Les manchettes de presse qui confirment cette affirmation sont légions. En 1988, dans le Diari de Barcelone, on lisait : « Borrell [à l'époque secrétaire d'État espagnol] accuse les communautés autonomes de dédoubler les compétences » ; dans La Vanguardia, « Madrid veut plus de contrôle sur les politiques étrangères des communautés autonomes65 ». Lorsque Jordi Pujol effectue une mission à l'étranger, deux points sont mis de l'avant. Le premier est évidemment très politique. Il vise la promotion de la « nation catalane ». Le second point, complémentaire au premier, est économique. Jordi Pujol veut ouvrir de nouveaux marchés pour les entreprises catalanes et oeuvre pour l'implantation en Catalogne de centres de décision et d'investissements étrangers. Lors de ces voyages, le « petit de Gaulle », comme il a été surnommé, amène sa cour composée de chefs d'entreprises privées, d'universitaires et d'autres membres de la société civile. En 1989, lors d'une visite « d'État » en Chine, le président Pujol insiste sur le fait que sa délégation composée de 56 représentants de firmes catalanes est plus importante que celle du Premier ministre espagnol qui avait fait une visite similaire en 198566. Le conflit se joue aussi sur le plan symbolique. Le président Pujol, lorsqu'il voyage à l'étranger, se présente en véritable chef d'État. Ainsi Pujol est-il accueilli en Slovénie en septembre 1987 par un orchestre entonnant l'hymne national catalan à sa descente d'avion à l'aéroport de Lubljana. Qui plus est, le président Pujol profitera du voyage pour exporter les conflits internes. Il critiquera en effet le processus de construction des communautés autonomes en Espagne, ce qui fera réagir Madrid. A lire en détail sur séminaire Barcelone

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