La CPI est affaiblie par le refus d’États puissants, tels les Etats-Unis, la Chine et la Russie, de la rejoindre. Jusqu’en 2015, le Bureau du procureur a concentré ses investigations sur des crimes commis en Afrique. En novembre 2016, il lui restait toujours à ouvrir des enquêtes formelles à la suite d’enquêtes préliminaires sur des affaires extérieures à l’Afrique, comme celles impliquant des militaires américains dans des actes de torture restés impunis, ou des officiels israéliens pour leur politique de transfert illégal d’Israéliens dans des colonies en Cisjordanie occupée. Si ceux qui critiquent la CPI veulent vraiment une justice équitable, ils devraient se joindre aux efforts pour que ses investigations aboutissent, ou encore faire pression sur la Russie et sur la Chine pour qu’elles cessent d’utiliser leur véto au Conseil de sécurité afin d’empêcher la CPI de se saisir des atrocités commises en Syrie. Le silence des opposants à la CPI sur ces questions révèle leur véritable préoccupation : empêcher que justice ne soit rendue dans leur pays. Le projet de plusieurs nations africaines de lui substituer une Cour africaine qui exempterait les dirigeants et autres hauts responsables en exercice en dit long sur le sujet. Il n’y a pas qu’en Afrique que la CPI est attaquée, mais toutes les attaques ont un point commun : l’impunité. La Russie n’avait jamais rejoint la Cour, puisqu’elle n’avait jamais ratifié le traité de Rome après l’avoir signé, mais elle a récemment retiré sa signature, après que la Cour a ouvert une enquête au sujet de crimes qui auraient été commis durant le conflit russo-géorgien de 2008 et placé la situation en Ukraine sous examen préliminaire. Aux Philippines, le président Duterte a congédié la CPI estimant qu’elle était « inutile » après que la procureure l’a averti que ses incitations aux exécutions sommaires pourraient relever de sa compétence de la Cour. Vu le mandat de la CPI, qui est de rendre justice pour les crimes les plus graves là où les tribunaux nationaux n’en sont pas capables, il est inévitable qu’elle se frotte à des intérêts politiques puissants qui s’opposent à ce que justice soit faite. Il lui faut pour réussir un soutien politique et matériel sans faille de la part de ses partisans afin de contrebalancer ces pressions.