L’apport de la main-d’œuvre immigrée s’est révélée indispensable au développement économique de la région dans différents secteurs. D’une manière générale, les migrants les plus récemment arrivés occupent les emplois les moins bien rémunérés et les plus pénibles, ce qui conduit à un renouvellement continu des groupes socio-professionnels ainsi qu’à des mouvements de mobilités ascensionnelles. Dès le milieu du XIXe siècle, les migrants occupent des emplois industriels, surtout dans la région marseillaise en pleine croissance. En 1881, une enquête menée sur deux bassins industriels importants, la vallée de l’Huveaune et les quartiers nord de Marseille, montre que sur 13 % des ouvriers d’usine que compte la commune, les Italiens représentent 52 %, et la quasi-totalité des ouvriers étrangers. Dans certains villages industriels comme à Roquefort-laBédoule cette proportion atteint les deux tiers. Certaines branches les emploient de manière plus fréquente, comme les huileries, les tanneries, les raffineries de sucre, les tuileries ou encore, pour les Italiennes, les filatures. L'importance de la dimension féminine de l'immigration doit être soulignée : de nombreux métiers sont exercés par les femmes et pas seulement dans le secteur du textile à l'image des cigarières italiennes oeuvrant dans les manufactures de tabac de Nice ou de Marseille. Comme à La Ciotat dans les Bouches-du-Rhône, les chantiers navals de La Seyne-sur-Mer dans le Var se développent grâce à l’apport de la main-d’œuvre italienne : un employé sur deux en 1887. « Gueules noires » dans les mines de Gardanne, ils sont aussi nombreux parmi les « gueules rouges » qui extraient la bauxite dans la région de Brignoles. La Première Guerre mondiale est une période de diversification dans les origines des ouvriers d’usine de la région. On y trouve d’autres migrants européens tandis que les Kabyles introduits dès 1907 dans l’huilerie marseillaise préfigurent une tendance à recruter, souvent selon des filières organisées, des ouvriers maghrébins. Dans ce secteur, la part des ouvriers maghrébins passe de 9 % à 27 % entre 1912 et 1930. Il s’agit pour le patronat de compenser les inconvénients d’une main-d’œuvre italienne plus revendicative. Après la Seconde Guerre mondiale, le bassin minier et les sites pétroliers de l’Étang de Berre emploient une grande partie de la main-d’œuvre maghrébine du département des Bouches-du-Rhône. À partir des années 1970, la figure du « travailleur immigré » devient celle de l’ouvrier maghrébin dans les usines comme sur les chantiers.